Fragmenter

Combien de temps suis-je là ? Depuis quand ces personnes me fixent-elles ? Je n’arrive déjà plus à m’en rappeler comme si le temps n’avait plus d’impact.
Je me revois assis sur le rebord du pont à attendre que la nuit se termine. Mon esprit devait être ailleurs car je n’ai pas réagi quand un groupe de fêtards passa derrière moi et que l’un d’eux me donna un coup dans le dos en s’exclamant « Allez, au bain ! ». Mon corps glissa vers le vide. Par réflexe, ma main droite s’agrippa à la rambarde. Seulement, pourquoi retenir cette vie ? N’était-ce pas ce que je souhaitais au fond, qu’elle s’achève ? Sans vague. Comme si cela pouvait provoquer un quelconque remous dans l’univers… Alors je lâchai ma prise et rejoignis ainsi le fleuve que j’aimais tant admirer autrefois.
Maintenant je suis là, à prendre racine si je puisse dire. Quand, enfin, je sens une présence dans mon dos que ses deux bras m’enlacent, ceux de celle qui cohabite avec moi. C’était quand j’étais encore une enfant, elle disait être un « parasite » et qu’en échange de mettre sous clé certains souvenirs insupportables je la laissais m’habiter. Est-elle vraiment un esprit ou simplement une deuxième personnalité, cela n’a à présent plus d’importance.

« – Que vas-tu faire maintenant, finis-je par lui demander.
– Trouver un nouvel hôte » me répond-t-elle.

Tournant légèrement ma tête vers son visage qui est le mien, je réitère une vieille question « Quel est ton vrai visage ? ». Pour ce dernier instant, elle ne m’offre pas de silence.

« -Je ne sais pas. Il y a longtemps que je ne peux plus m’en souvenir. »

Les sombres silhouettes se dirigent vers nous, annonçant la fin de notre « amitié ».

Je regarde mon hôte s’avancer vers les Juges. Après avoir abandonné son corps dans le monde des vivants, elle va peut-être devoir aussi donner son nom et sa mémoire. Cette âme perdue n’a commis aucun crime hormis celui de ne pas avoir voulu survivre à cet accident, avec un peu de chance les Juges seront indulgents. Tout comme ils l’avaient fait envers moi.
Toutefois, j’espères qu’elle ne profitera de sa nouvelle situation avec autant d’aisance que moi. Sinon, nous serons deux à être des fugitives.

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