Chapitre 2 : Souvenirs d’entraînements (partie 1)

« – Allez ! Concentres-toi ! PLUS VITE ! »

Les balles volaient de tous les côtés, le forçant à se diriger vers le centre de la salle. Il fallait trouver un couloir où se cacher et échapper à leur vigilance pendant quelques minutes, le temps de retrouver son souffle car depuis le début c’était sous forme de secondes qu’il reprenait un peu d’énergie.
A 50 mètres sur sa droite il vit une petite embouchure, c’était le moment propice, profitant de l’épaisseur de la brume il fonça sur le petit couloir adjacent. Les balles percutèrent le mur où il était adossé quelques secondes plus tôt.
Un étrange silence s’installa soudainement. Avait-il réussi son objectif ou bien était-ce un piège ?
Sortant de sa poche un couteau dont la lame était rétractive, il se rapprocha le près possible du couloir où quelques instants auparavant ses assaillants se trouvaient. Se servant de la lame comme d’un miroir, il scruta les environs. Personne mise à part la brume qui n’avait pas perdu de sa densité. Restant quand même sur ses gardes, il s’appuya contre le mur du petit couloir afin de reprendre un rythme respiratoire normal.
5 heures. Cela faisait 5 heures non-stop qu’il esquivait les balles.

Flash-back

Conduit par une des employés qui s’occupait de lui, il était en route pour son entraînement quotidien. Une salle située au troisième sous-sol servait de lieu d’entraînement, une surface plate mesurant 2 km sur 2 km et contrôlée par plusieurs ordinateurs qui matérialisaient les murs avant chaque simulation, il était ainsi possible former un nombre incalculable de terrains. Elle permettait aussi de créer des substituts, personnes en chair et en os doté d’une durée de vie définit, ainsi qu’appliquer des conditions climatiques réelles.
Subaru subissait quotidiennement plusieurs heures d’endurance afin d’améliorer sa résistance à l’effort physique.
On équipait son poignet d’une montre à écran digitale où s’affichaient deux données, la première était le temps passé dans la salle et la deuxième représentait ses points d’énergie sous la forme de barres verticales. La fatigue et les blessures réduisaient le nombre de ces dernières.
A chaque visite un objectif devait être accompli, parfois c’était de tenir le plus de temps possible comme rester pendant cinq heures en utilisant tous les moyens pour ne pas perdre trop d’énergie. Ou bien de neutraliser le plus de hologrammes créés par les ordinateurs de contrôle dans un laps de temps restreint. Tout ceci était dans l’uniquement but d’entraîner les anges à différentes situations.
Mais l’objectif, c’était à lui de le trouver et de l’exécuter.
Et parfois cela était très difficile.

Fin du flash-back

Une goutte…deux gouttes…trois gouttes…la brume s’était estompée pour laisser place à une pluie abondante réduisant la visibilité.
Cette pluie…cela lui rappelle sa première fois…ici…

C’était il y a 4 ans, il était âgé de 5 ans.

Ils étaient venus le chercher dans sa salle, l’une des employés l’avait prise dans ses bras et il avait été conduit jusqu’à ici.
Sans la moindre explication, il avait été laissé seul dans un labyrinthe sombre généré par les ordinateurs de contrôles, sous une pluie abondante et glaciale.

Il était resté là, debout, face au gouffre noir qui s’ouvrait à lui.
Au bout de vingt minutes, il s’était mis à avancer vers cette pénombre, d’un pas hésitant.
Il était trempé jusqu’au os, la température de son corps tremblant de froid chutait à vive allure. Complètement désorienté, il errait, se perdait au fil des minutes dans cette immensité de murs.
Son esprit finissait par s’embrumer, il chancelait parfois.
Finalement il trébucha et s’étala de tout son long sur le sol froid, la pluie n’ayant toujours pas cessé de tomber. Lors de sa chute, un petit bruit métallique s’était fait entendre.
Prenant appui sur ses avant-bras, il leva la tête et rétractant ses pupilles il scruta devant lui.
A à peine un mètre, une sorte de montre dont l’écran émettait une faible lumière.
Se relevant avec difficulté, il s’approcha de l’objet, grâce à la luminosité que dégageait l’écran, celle-ci frappa les bâtonnets des iris de ses yeux, lui permettant ainsi de voir dans ce labyrinthe complètement noir.
Ramassant la montre et la mettant à son poignet, il se remit en route. Sur l’écran était affiché : « temps restant: 4 heures ».

Il se stoppa brusquement, une odeur était dissimulée derrière celle de la pluie, une odeur pincée et pourtant douce, une odeur qu’il ne connaissait pas.
Ses pupilles toujours rétractées, il huma l’air puis fit pivoter ses « nekomimi » vers la direction d’où provenait l’odeur.
Mue par une force étrangère, il avança dans cette direction, d’un pas presque décidé.
A à la droite d’un carrefour, était posé contre le mur le corps d’un chien…sans vie.

Ce jour-là il y avait deux odeurs réunit en une seule, celle de la mort et celle d’un animal.
S’agenouillant face au corps sans vie du chien allongé sur le flanc, il s’était mis à caresser à sa douce tête.
Envahies par ses sentiments, il avait fini par s’allonger sur le sol trempé et glaciale. I prit le chien dans ses bras et le serra contre lui, voulant lui transmettre de la chaleur, ne prêtant pas attention au millier d’aiguilles glaciales, effet de la pluie, qui s’enfonçaient dans sa chair.
Il avait finit par s’endormir.
Lorsqu’il s’était réveillé, il était allongé dans son lit, à l’intérieur du dôme de verre de sa salle.
Il avait eu une forte fièvre suite à cette expérience et s’était réveillé 6 heures plus tard soit 2 heures après le temps limite.
Ce jour-là, il y a 4 ans, âgé de 5 ans, il avait découvert l’odeur de la mort, de la mort d’un animal.

Toujours adossé au mur, Subaru regarda sa montre: « temps actuel: 5h30m27s »

Cela faisait une demi-heure que les assaillants n’avaient pas tentés quoi que ce soit, ce qu’il voulait dire que c’était à lui de faire le premier pas.
Cela faisait une heure qu’ils avaient changé de méthode, au début ils cherchaient à l’effrayer et à le faire courir, visant toujours à côté puis ils ont commencés à tirer vraiment sur lui, l’une balle l’avait d’ailleurs touché à l’épaule droite, grâce à cette petite pause de trente minutes la blessure s’était refermée, donc il fallait esquiver les balles et se frayer un chemin dans la salle d’entraînement et maintenant ils faisaient en sorte de le guider de force vers le milieu de la salle, vers un terrain apparemment à découvert en plus…

Se redressant, les « nekomimis » en alertes, il entama sa marche vers le terrain à découvert que eux voulaient qu’il atteigne.

to be continued

Note de l’auteur: « nekomimis » veut dire en japonais: « oreilles de chat » que Subaru possédait en permanence quand il était enfant.

Chapitre 1 : Une cage où tout commença pour…

Son intimité se situe dans l’une des salles les plus reculées du Labo, au troisième sous-sol de celui-ci. Cet espace restreint est une cage où l’on le retient jalousement du regard du monde.

Cela fait 32 années que le projet ABYSSUM s’y déroule.
Ayant pour objectif de créer un être humain aux capacités sensorielles surdéveloppées, des milliers d’ovules et d’embryons furent manipulés entre ces murs mais aucun ne survécurent aux multitudes et exigeants tests.
Sauf un. Un unique spécimen supporta le déroulement des expériences, les chercheurs furent ravis d’aboutir à cette création parfaite. Mais une erreur s’était produite et seuls les individus le connaissant depuis sa naissance ont pu constater ce changement.
La vaste salle X-7 est de forme octogonale et rappelle une autre pièce où se déroule aussi un projet de création de vie. En son milieu trône un dôme, sa surface est lisse comme du verre et l’intérieur est remplie d’un liquide bleu azur.
C’est là qu’il vit, elle est sa tanière.
Constamment étudié par les scientifiques, il ne profite comme répit que les heures nocturnes et le temps accordé pendant les missions en surfaces.

La sonnerie qui retentit dans le troisième sous-sol indiqua à Tsubaki que la nuit venait de tomber. Elle décida donc de retourner tranquillement dans sa chambre jusqu’à ce qu’une ombre furtive n’attire son attention à l’angle du couloir.

Il était tard. Les scientifiques s’empressèrent de finir l’enregistrement des données quotidiennes. Un lourd silence dominait la salle, à peine troublé par les marmonnements et le pianotage des claviers ; les hommes savaient qu’il allait bientôt arriver et prendre possession des lieux.
Cet endroit était à la fois son refuge et sa cellule. Contrairement à la plupart des A.N.G.E.S, il n’avait pas la permission de vivre dans un appartement. Aujourd’hui le temps était mauvais, aussi ne devait-il pas trop s’éterniser sous cette pluie battante.
Prenant un passage secret, situé à l’arrière d’un sex-shop et qui reliait la surface au deuxième sous-sol, il s’empressa dans les couloirs qui mène à sa demeure.
Cependant, la présence d’une petite voyeuse le titillait.

« – Et si je jouais avec… Tu n’arriveras pas à me suivre éternellement. » Pensa-t-il, son regard se tournant l’espace d’un instant vers le fond du couloir, derrière lui.

Ses yeux prirent alors une couleur saphir et ses pupilles se rétractèrent. Sans s’en rendre compte, sa victime commençait à s’enfoncer dans un labyrinthe interminable.
Un délicat parfum de rose émanait de l’inconnue et allait dévier contre toute attente son sort d’illusion.

Tsubaki trouvait que suivre à distance cet homme était une assez bonne distraction.
Les minutes passèrent et trouvant que cette promenade s’éternisait un peu trop à son goût, elle se décida à le rejoindre. Quand elle fut à sa hauteur, elle l’aborda avec sympathie.

« – Salut ! Tiens je ne t’avais jamais vu avant ! Ravie de te rencontrer ! »

Subaru, d’humeur assez maussade, la trouva quelque peu effronté et ne daigna pas lui répondre.

« – Oh ! Tu n’es pas du genre du bavard toi ! Dommage car… » Commença-t-elle sur un ton enjoué.

Cela en était trop pour lui et il coupa la phrase de cette fille qui l’abordait au mauvais moment et lors d’un mauvais jour.

« – Laisses-moi. » Grogna-t-il.

Le jeune homme n’avait qu’une envie, celle de rejoindre au plus vite « sa » salle pour se changer. Au vu des taches brunis et éparpillées sur son costume, le travail de ce début de soirée avait été assez salissant. Il n’appréciait guère ce style d’habit que l’on porte lors des soirées privées, le tissu raide et près du corps n’était pas pratique lorsqu’il fallait liquider une dizaine de personnes, de ne pas se ménager sur la décoration rougeâtre de la pièce où ils se trouvaient et de devoir revenir propre comme un sou neuf.
Demain matin, sa petite visite de courtoisie fera les gros titres de la presse.
Cependant cette nuit était particulière et cela l’avait un peu déconcentré. Ce qui était sur était que ses souvenirs viendront le tourmenter pendant son sommeil.

L’affiche numérique d’un moniteur affichait quatre heures du matin.
Etendu sur le sol à l’intérieur du dôme et les mains derrière la tête, Subaru fixait le plafond sans conviction.
Sa rencontre avec la jeune fille l’avait étonnement énervé bien qu’elle ne dégageait aucune agressivité. Peut-être était-ce cet infime odeur de rose qu’il l’avait trouvé ?

De l’autre côté de la paroi du dôme à demi-fermé, le dos contre le verre, une personne attendait que Subaru sorte de son mutisme qui durait depuis plus d’une heure. Il faut dire qu’il était un des rares humains envers qui le félin éprouvait de l’affection. Humains…enfin presque.
L’ange se décida à rompre le silence.

« – Nataku, qu’est-ce que tu en penses ? Demanda Subaru à l’encontre de son ami qui faisait des recherches sur la jeune fille dans les dossiers numériques du laboratoire.
– Je n’ai trouvé aucunes informations précises pour l’instant.
– Ennemie ou alliée ? Murmura-t-il, légèrement inquiet.
– Alliée je pense car elle ne figure dans aucun avis de recherche des Déchus.
– …tant mieux. Je suis désolé de t’avoir déranger à cette heure-ci.
– Ce n’est pas grave mais c’est bien parce que c’est toi. Au fait, cela faisait combien de temps que nous n’avions pas travailler ensemble ? Questionna Nataku.
– La dernière fois, je crois que c’était il y a 1 an.
– Kazuki en a fait une crise quand je lui en ai parlé ! Il tenait tellement participer au travail de ce soir, même si notre collaboration ne durait au final que quelques minutes et que c’était à toi de terminer le travail. Mais il t’adore aussi ! »

Un fin sourire apparut sur leurs visages à la pensée du petit garçon faisant une scène de jalousie à son frère, les bras croisés, des flammes dans les yeux et criant haut et fort qu’il ne parlerait plus à qui que ce soit. Si Subaru avait été présent, il n’aura eu qu’à proposer un entraînement avec Kazuki pour que celui-ci se mette à sautiller sur place, tout content et oubliant qu‘il voulait bouder. Une réaction typique d’un enfant !

Nataku et son petit frère Kazuki font partie du projet « Clover », visant à créer des copies parfaites d’un humanoïde qui possédait une puissance alliant magie et technologie.
Il y a 31 ans, le Labo découvrit l’existence d’un jeune enfant possédant des dons quelques peu étranges, il avait la capacité de ce lier à tout objet technologique et pouvait les manipuler à sa guise.
Après 1 an d’observation, les parents furent contactés et en échange d’une grosse somme d’argent, ils vendirent l’enfant au Labo.
Cet enfant de noble avait, pour cause de ses dons, jeté le déshonneur sur sa famille. Sa disparition en satisfaisait plus d’un.
Ainsi allait-il devenir une nouvelle arme pour l’Organisation.
Malheureusement, au bout de 3 ans de conditionnement, d’entraînements intensifs, de missions de plus en plus périlleuses, cet enfant de 10 ans rétrogradé à un statut de chien de combat avait fini par tomber dans les limbes de la folie. Son seul souhait était de retrouver sa liberté et de partir loin du Labo, loin de ses maîtres. Il était devenu incroyablement puissant, ce qui lui avait attiré les bonnes grâces des supérieurs de l’Organisation. Sa fuite a été une suite de meurtres sanglants, il détruisit toute personne qui lui faisait barrage mais…il n’était qu’un enfant d’une dizaine d’années dont le corps s’épuisait de jour en jour dût à une espèce de gangrène au cœur engendrée par un trop plein de surmenage et au déséquilibre psychique.
En plein combat, son cœur lâcha et le petit garçon tomba dans un coma dont il ne sortira pas. L’Organisation allait perdre un précieux poulain aussi décida-t-elle de créer le projet « Clover » visant à cloner l’enfant mais dont l’ADN serait modifié afin d’éviter la même erreur cardiaque et psychique.

Tout comme le projet Abyssum, il y eu des succès et des échecs avant de parvenir à stabiliser un spécimen : Nataku. Quinze ans plus tard, un deuxième Trèfle vit le jour : Kazuki.

Tous deux ainsi que Subaru se ressemblaient dans le sens où leur naissance n’était qu’au nom de la science mais aussi par le besoin de surpasser le Créateur en forgeant des armes humaines.
Lors de leur première rencontre, ils …

Nataku interrompit soudainement ses pensées.

« – J’ai trouvé quelque chose ! Va voir ! S’écria-t-il.
– Quoi donc ? »
Le félin se leva et sortit de l’espace du dôme pour rejoindre les ordinateurs situés sur le surplomb de la salle, là où les scientifiques faisaient leurs analyses.

Le casque relié à distance au fichier central du troisième sous-sol, le jeune Trèfle avait fini par casser le password d’une partie dissimulée du système et naviguais ainsi en toute liberté entre les dossiers, faisant apparaître les pages visitées sur l’un des écrans de la salle.

« – Voilà, j’ai réussi à entrer dans cette partie et après avoir taper « Tsubaki » cela me donne ça. »

[Page sur l’écran]
Nom : ####
Prénom : ####
Surnom : Tsubaki
Âge : 15 ans
Être : A.N.G.E pur
Physique : jeune fille possédant de courts cheveux bruns, les yeux d’un or pur, sa taille est de 1m57 pour un poids de 45Kg, d’une frêle apparence global.
Histoire : ###µµµµµ
Particularités : ###µµµµµ
Armes : ###µµµµµ
Dons : ###µµµµµ
Métier : ###µµµµµ
Une photo était affiché et Subaru reconnu la jeune fille. Mais le dossier était crypté presque dans son entièreté. Cela ne les avançait pas beaucoup.

« – C’est vague comme renseignements, soupira Subaru.
– Oui. Le nom et le prénom sont masqués, ce qui est normal puisque nous sommes dans les fichiers du troisième sous-sol mais le reste est protégé par un codage spécial et il m’est impossible de forcer cette protection car je n’ai jamais vu ce genre de cryptage pour le password. Au moins, on sait qu’elle n’est pas notre ennemie mais pour le reste…
-…cette sensation… lorsqu’elle était en face de moi… »

Flash-back

« – Oh tu n’es pas du genre du bavard toi ! Dommage car… » Commença-t-elle sur un ton enjoué.
Cela en était un peu trop pour lui et il coupa la phrase de cette fille qui l’abordait au mauvais moment et lors d’un mauvais jour.

« – Laisses-moi. Grogna-t-il.
– Pourquoi ? C’est amusant d’être avec les autres, non ? Et puis je voulais me dégourdir les jambes, lui répondit-t-elle sur un ton lasse et détaché.
– en détruisant mon illusion ? Reprocha-t-il avec une voix un peu plus menaçante.
– Ah tu as remarqué. Désolée mais je n’avais pas envie de m’éterniser non plus alors oui j’ai utilisé une petite farce pour en sortir même si ton sort était très bien réussi. Au passage, mon nom est Tsubaki, ajouta-t-elle en souriant. »

Que pouvait-il ajouter à ça. Rien. Le félin sentit un frisson son corps, cette jeune fille l’intriguait, elle lui semblait proche et lointaine. Il ne pouvait définir correctement son deuxième thème.
Sa perplexité n’échappa pas aux yeux de la jeune fille et elle profita de cette faille pour s’approcher de l’a.n.g.e. Elle s’arrêta à quelques centimètres de son corps et lui posa une question dont le ton cachait une certaine évidence.

« – Qui a-t-il ? »

Se rendant compte de sa proximité, Subaru recula d’un pas, sa méfiance grandissant en même temps que sa nervosité et bredouilla un : « Rien. »
Cette réponse fit apparaître une expression de surprise sur le visage de la jeune fille. Apparemment, elle s’attendait à autre chose.

« – Pourtant tu as l’air désorienté », sous-entendait-elle tout en se rapprochant à nouveau du jeune homme, qui cette fois ne broncha pas. Le corps de Tsubaki était à présent contre le sien, son regard capté par cet or si pur, il sentît ses fines mains blanches se posées sur son torse et y prendre appui alors que les lèvres de la demoiselle effleuraient le contour de son oreille gauche.

« -…tu le sens toi aussi… n’est pas ? »
Cette étrange question franchissa les douces lèvres de la jeune fille et percuta l’âme de l’A.N.G.E comme la révélation d’un secret, d’une vérité.

« – Qu’est-ce que c’est ? Murmura-t-il d’un souffle à peine perceptible.
– Je n’ai pas le droit de te le dire…un peu comme toi. »

Ce fut les derniers mots qu’elle prononça avant le laisser seul, debout dans le couloir, l’esprit troublé.

Fin du flash-back

Chassant ce souvenir de ses pensées, Subaru tourna son regard sur le mur de la salle où était accrochée une horloge à écran digitale, elle affichait cinq heures du matin. Il était un peu tard pour dormir néanmoins s’il ne se reposait pas, il manquerait d’énergie pour un nouveau travail. Après sa rencontre avec Tsubaki, il avait longuement hésité à appeler Nataku pour faire des recherches, ce qu’il avait finalement fait et les heures avaient défilé pendant que celui-ci explorait le système à la recherche de cette inconnue.
Le jeune homme aux cheveux blancs déconnecta son casque du réseau et jugea qu’il était temps pour lui de retourner dans sa propre salle pour dormir…du moins après une nouvelle crise de Kazuki sur le fait qu’il l’avait laissé seul et empêcher de venir le venir le rejoindre dans la salle de Subaru. La prochaine fois, Nataku regretta de ne pas l’avoir ligoté et bâillonné, cela aurait évité que tout le sous-sol ne soit réveillé par les braillements assourdissants de l’enfant.

« – Il va falloir que j’y aille. On s’y remet ce soir ? Demanda-t-il tout en défragmentant son casque grâce à ses dons.
– Entendu. Merci de ton aide.
– De rien. Maintenant, il va falloir que j’affronte le môme, soupira l’ange blanc. Il va se mettre à geindre car il ne t’a pas vu, ajouta le Trèfle en imaginant le savon que son jeune frère allait lui passer.
– Ne soit pas trop dur avec lui. Il est simplement un peu jaloux c’est tout. Tu me connais depuis plus longtemps que lui et aussi beaucoup mieux, sa réaction est celle d’un enfant qui ne veut pas partager ses amis », expliqua Subaru, amusé par leur relation fraternelle.

Le visage neutre, comme absorbé par un souvenir lointain, Nataku s’avança vers lui. Lorsqu’il fût assez près, il posa sa tête contre l’épaule de Subaru et ses mains sur les hanches de son ami. Celui-ci ferma les yeux et enlaça de ses bras le corps du jeune homme aux cheveux lunaires. Il savait parfaitement à ce qu’il pensait en ce moment.
Aujourd’hui était un jour particulier pour l’ange au regard d’émeraude. Le même jour, il y a plusieurs années auparavant, une histoire s’achevait par le départ d’une personne spéciale et une autre relation commençait par sa rencontre avec le jeune Trèfle. Ces deux personnes avaient une place unique dans sa vie.

« – Abyssum, tu te souviens de notre premier jour, ce fût celui de notre première mission. Deux chiots, voilà comment ils nous appelaient.
– Oui, nous avions rencontré Kuyo-san.
– Te souviens-tu du pacte que nous avions fait ce jour-là ? »

Nataku releva la tête et fermant les yeux, il posa son front contre celui de Subaru. Ils restèrent ainsi, immobiles dans l’obscurité des lieux, leurs deux corps légèrement éclairés par la lumière émise par l’un des écrans. Tous deux se rappelèrent de cette rencontre avec l’ange Kuyo et de ce qu’elle avait osé leur dévoiler.

to be continued

Prologue : Nuit

 Notes :
Snow Bloody : nom inventé, cette drogue est fictive.
Shinigami : littéralement en japonais « dieu de la mort ».
Proie : le nom donné, dans cette fiction, aux personnes tuées par les Shinigami.

L’ombre furtive s’approcha des remparts, elle était là, il en avait la certitude. Elle s’était enfin décidée à venir malgré des jours d’hésitations et encore maintenant, il ne douta pas que son cœur était tiraillé entre l’envie de savoir et celle de fuir ces lieux hostiles. L’espace d’une seconde, un doux sourire se posa sur ses lèvres mais il disparut en un battement de cils, laissant place à un visage impassible car ce ne fut pas le moment, pour lui, de montrer son ancien souvenir.

Les minutes passèrent tandis qu’un souffle glacial mordit le château et ses ruines, faisant s’onduler l’herbe. Il voulait la torturer encore un peu, juste pour fignoler la préparation de leurs retrouvailles, distillant goutte par goutte les défenses de la jeune femme. Depuis le temps qu’il attendait ce moment, il se devait de montrer une certaine assurance qu’il n’avait pas du temps de son vivant.

Soupirant d’aise, il entama un mouvement dans sa direction tout en gardant ses sens sur le qui-vive, néanmoins il apprécierait que leur entrevue ne soit dérangée par un quelconque importun. Et d’une marche légère, il se rapprocha d’elle, réduisant par ses pas la distance qui séparait leurs deux corps désuni depuis si longtemps. Au fur et à mesure de son avancement, la force du vent augmentait graduellement comme si le souffle façonnait son entrée.

Seule, debout sur les remparts du château, elle attendait une réponse. Une réponse qui la blessera sans nul doute. L’air balaya la pierre, la faisant frissonner. Son cœur s’accélérait, elle qui n’était pas cardiaque allait finir par le devenir. Puis une nouvelle bourrasque la heurta violemment et lui fit perdre l’équilibre.
Quand soudain, le vent se tut. Un lourd et assourdissant silence s’installa dans la plaine, même cet agaçant croassement de corbeau s’était étouffé dans le décor nocturne. Le temps semblait s’être figé.

Lentement et par fragments, un ensemble de fleurs se composa à ses pieds comme par magie. Étonnée de cet évènement, elle le ramassa avec précaution. La clarté de la nuit lui permit de voir précisément le branchage qu’elle tenait dans ses mains. A sa grande surprise, il s’agissait d’une petite branche de cerisier parsemée de fleurs écloses et de quelques boutons.
Une nouvelle bourrasque meurtrit le lieu dévasté mais cette fois-ci la secousse était différente et paralysa la femme qui tenait toujours le rameau. Ce vent assez doux se mit à tourbillonner autour d’elle et des pétales rosés se mirent à nager dans le courant des cercles d’air. Peu à peu, certains se rassemblèrent face à elle et commencèrent à former une silhouette, humaine et légèrement plus grande qu’elle. Puis les fleurs troquèrent leur blanc ensanglanté contre une couleur chair. Comme une naissance, il se matérialisa ainsi sous ses yeux.

Manteau noir contre veste beige.

Toujours emprisonnés dans la colonne d’air où les pétales caressaient leurs silhouettes, ils se fixèrent, l’un froid et l’autre choquée. Alors un murmure à peine audible franchit les lèvres du jeune homme.

– « Cela faisait si longtemps…Mademoiselle. »

Le froid de ce mois hivernal fit apparaître son souffle tandis que la neutralité du ton de cette phrase heurta douloureusement le cœur de la jeune femme.

Tout avait commencé, il y a plusieurs mois. Le passé auquel il tenait et haïssait à la fois refit surface lorsque suite à d’étranges évènements il se devait de protéger ce qu’il détestait. Il pensait que son ancienne vie était enterrée, que rien ne pourrait le faire désobéir aux ordres de sa destinée ou devrait-on dire de son nouveau statut. Et pourtant, il allait devoir rouvrir les blessures qui ont causé sa perte et déchéance.

Marchant dans l’une des rues de la basse-ville faiblement éclairée par quelques enseignes, une masse le heurta en sortant d’une petite passerelle sur sa droite. La chose semblait tanguer sur place et le poussa molestement en marmonnant quelques jurons. A son apparence, on pouvait y voir un jeune drogué, le teint maladif, les cernes noires, les vêtements crasseux et l’odeur âcre qu’il dégageait montrait qu’il ne vivait que pour sa petite dose quotidienne. Mais la preuve incontestable fut la présence d’une marque bleu sur le contour des yeux et sur les tempes dut à la dépendance de Snow Bloody, une drogue devenu populaire ces dernières années. Rapidement, la substance devenait vitale pour eux jusqu’à qu’ils meurent d’une overdose ou de faim par le fait qu’ils finissaient par se nourrir exclusivement de cette poudre.

Une mort pitoyable du point de vue de certains de ses collègues. Les humains sont faibles et ignorants. S’enfermant chaque jour dans une routine ennuyeuse et le soir venu, une fois la porte du logis franchie, ils s’enferment dans le petit monde qu’est leur famille. Ils se persuadent que rien ne peut leurs arriver, que la douleur et la mort n’arrivent qu’aux autres. Jusqu’à que celles-ci abattent leurs haches aiguisées sur leurs misérables têtes.

Il aurait continué sa route si le débris qu’il l’avait bousculé ne le retenait pas par la manche. Son regard azur croisa alors des pupilles grises où il ne pouvait y lire qu’obsession, faim et mort. Un regard où la vie s’était estompée au fil des injections. Le cadet ne souhaitait qu’une chose, une chose que son aîné allait lui offrir.
Tenu toujours par le poignet, il guida le jeune vers un petit square situé à quelques rues du lieu de leur rencontre. En cette nuit de printemps, la température était très fraîche et le parc semblait avoir des difficultés à se réveiller de son sommeil hivernal.
Ils s’arrêtèrent près d’un prunier dont les boutons refusaient encore de s’ouvrir. Ce fut à ce moment-là que le plus jeune lâcha sa prise sur le bras secoureur. A quelques centimètres de l’autre, aucun de deux ne semblait vouloir réduire la distance entre leurs corps. Les secondes passèrent tandis qu’ils apprenaient à se connaître, répartissant les rôles avant de jouer la scène finale et ce juste en plongeant dans le regard du partenaire. Une fois décidés, l’aîné enlaça son cadet qui ferma les yeux sous l’étreinte.

Un petit moment de flottement et le plus jeune glissa contre le corps de son sauveur, son propre corps s’effondrant sur le sol… sans vie.

Quel fut son souhait ? Sentir une dernière fois la chaleur d’une étreinte et mourir loin du regard des autres. Comme par hasard, ils se sont croisés ; comme par hasard, un square tranquille ne se trouvait pas loin. Mais surtout la providence autorisa la partie dissimulée du sauveur à réagir à cette demande. Pures coïncidences ou Destin ?

S’agenouillant près du cadavre, Yoru le regarda froidement celui-ci. Mais un léger malaise l’étreignait car l’autre face de son être fut touchée par le regard de l’adolescent. « Il » avait repris le contrôle de son corps afin d’exaucer l’ultime souhait du jeune homme. L’un contre l’autre, des images avaient traversé son esprit : la vie d’un fils d’une famille aisée rongé par la maladie et qui était condamné à mourir très jeune. Puis la tentative d’échapper à la douleur croissante grâce à la Snow Bloody qui le mettait dans un état végétatif. Et un soir de printemps, un de ceux qui apposent la mort croisa son chemin. Il lui a suffi d’un instant pour comprendre la vérité sur l’inconnu qu’il avait bousculé exactement comme un animal sent venir sa propre mort. Un dernier regard avant de mettre l’habit de cérémonie, l’un en tant que Proie l’autre en tant que Shinigami. Et le second absorba l’âme du premier.
Yoru fixa ses mains, il sentit l’âme du jeune homme circuler à l’intérieur de ses veines, au chaud et à l’abri de toute tentative d’absorption démoniaque. Ce soir, il avait utilisé une méthode agréable envers la Proie pourtant il était tout aussi capable de tuer avec moins de délicatesse. L’âme étant immortelle, certains shinigami s’en servent comme arme en la soumettant à leurs pouvoirs, pire d’autres s’en nourrissent même. Et quelques-uns, semblables à des employés, agissent comme des prêtres. Chaque humain a une espérance de vie différente et une fois que celle-ci est achevé, aussi courte fut-elle, ces derniers shinigami doivent récupérer l’âme du défunt pour qu’elle puisse être jugée et par la suite pouvoir se réincarner à nouveau.

Le monde des morts est régit par la Milice, ces shinigami s’assurent que l’équilibre avec le monde des vivants soit constant. Ils sont même ceux, voir les seuls, qui ont le plus de compassion envers les humains. Yoru travaillait parfois eux mais n’appartenait pas à leur rang. Le passé de son ancienne vie avait laissé des cicatrices beaucoup trop douloureuses pour qu’il puisse refaire, à présent mort, le même genre de métier qu’il faisait lors de son vivant.

Lentement l’aurore apparaissait, une nouvelle journée commença. Une de plus pour son éternité.
Un bruit sec se fit entendre suivi par un bruit de pas sur l’herbe légèrement humide, sa compagne l’avait rejoint.

– « Maître, que fait-on de son corps ? » Demanda-t-elle avec calme.

Yoru fixa le soleil en train de naître à l’horizon, ses fragiles rayons illuminant la surface de la mer encore sombre. De son vivant, il avait contemplé souvent ce spectacle et cela était bien la seule chose qui n’avait pas changé. Il avait bien entendu la question de la démone mais le devenir du cadavre lui était totalement indifférent. Non pas qu’il soit cruel mais la vie, les sentiments, il les avait enfermé avec sa personnalité d’antan dans la partie la plus profonde de son cœur. Et même si ils refaisaient surface par moments, jamais il ne les laissait trop longtemps en liberté.

Une fine main effleura la sienne, l’invitant à partir. En tant que noctambules, il fut temps pour eux de dormir. Un sommeil sans rêves, une vie sans lumière, il était bien devenu le contraire de son vivant. Mais tout ceci allait peut-être de nouveau changer.

to be continued

Prologue : Il est temps de faire un choix.

<< Le temps imparti est presque écoulé, aussi elle savoure cet instant où elle est seule maîtresse de ses pensées. Elle se souvient de comment son calvaire a commencé et tente de trouver une réponse à : « Et maintenant, que vais-je faire ? » >>

Allongée dans le lit, à l’abri sous les couvertures, j’attends que le jour se lève. J’ignore depuis combien de temps je garde les yeux ouverts, je sais seulement que cela fait plusieurs jours que cette habitude s’est installée. Peut-être s’était-elle enclenché au moment où je réalisai qu’il ne me restait presque plus de temps. Bientôt tous les cauchemars et toutes les larmes s’effaceront.

Cette nuit je n’ai pas fermé la fenêtre et la morsure du vent vient érafler mon visage. Ce matin, le ciel est entièrement recouvert d’épais nuages et plus les minutes passent, plus ceux-ci prennent une teinture de gris bleuté. Dans les bois qui entourent l’immeuble, j’entends des oiseaux acclamer la vie, leurs vies. Aussi courtes soient-elles. Mais qui suis-je pour les juger ? J’avoue qu’intérieurement je les envies. Cela fait plus d’une année que Killia s’est réveillée, là, à l’intérieur de moi. Et depuis ce jour, elle dévore le moindre de mes sentiments et se délecte du temps que je possède. Celui-ci s’amenuise au fil de ses attaques, s’effrite à chacun de ses mots. Elle n’a jamais eu de considération envers l’hôte que je suis, ni envers mes prédécesseurs. Voilà plusieurs vies que ce schéma cyclique perdure et il continuera jusqu’à que mon âme s’épuise et disparaisse. Oui, les âmes des Faucheurs agissent comme un cancer, ils ont besoin d’humains qui feront office de cellule-hôte et ils contamineront insidieusement le moindre atome de leurs êtres jusqu’à que leurs espérances soient entièrement ingurgitées. Alors la Porte du Néant apparaîtra et signera la défaite de l’hôte. Son âme sera aspirée à l’intérieur, son cœur et sa mémoire deviendront des pages vierges et ainsi l’âme du Faucheur pourra prendre l’entière possession du corps devenu une coquille vide. Il était l’enjeu du pari.

Une seule chose peut stopper cette gangrène. On l’appelle la Source, elle est propre à chaque Faucheur. Elles peuvent être une pensée, un souhait, une obsession mais la majorité sont des personnes. Eux-seuls sont capables de libérer l’être humain de l’emprise de l’Original, l’autre nom de l’âme des Faucheurs. Cela semble facile mais il ne faut pas si fier, rare sont les fois où nous sommes sauvés et quand bien même ce ne sera que le répit d’une vie.
La pensée populaire de « notre » monde nous nommes communément les Faucheurs, il ne différencie pas l’hôte du contaminateur. Pour ma part, j’éprouve maintenant moins de rage à porter ce qualificatif qu’il y a 600 ans. Déjà six siècles que je ne me suis pas réincarnée en arbre ou en oiseau, que mon âme – non – que les essences de vies qui la forment n’ont pu rejoindre des éléments naturels.

Comme comparatif, je dirais que tout ceci est à l’égal d’un jeu vidéo excepté que vous recommencez sans cesse la même partie avec le même avatar. La seule variation est la durée entre le début et la finalité cependant cette donnée dépend de la volonté de l’être humain condamné. La force de l’Hôte est le résultat de la mise de ses vingt premières années, tout se joue durant ce laps de temps au cours duquel nous menons une existence ordinaire où le monde est tel que les livres et nos parents le décrivent. Une vie déjà remplie de rires et de pleurs, de colères aussi et de doutes. Une vie qui évolue ou bascule au fil des évènements qu’elle traverse.

Et un jour, tout se brise.

La vérité sur soi-même et sur le monde qui nous encercle éclate à notre visage. Dans un premier temps, j’ai essayé vainement de me raccrocher à l’innocence que l’on m’avait arraché. Ce fut un échec. Je ne pouvais rien effacer, ni l’intense douleur que j’ai ressentie ce jour-là, ni la présence de Killia. Ce rite de passage est en réalité une duperie pour nous les Hôtes. Passé le vingtième anniversaire, les particules qui forment l’âme du Faucheur sortent de leurs latences et s’agitent. Elles attendent le bon moment pour sortir, elles scrutent l’instant où une douleur insurmontable viendra briser l’infecté et de cette faille surgira l’Original.

Je me rappelle encore du jour où je suis devenu une Faucheuse. Après qu’il m’est avoué tout ce qu’il avait sur le cœur, je me suis enfuie. J’ai couru longtemps. J’avais tellement mal. Mes larmes et la pluie m’ont aveuglée et je n’ai pas vue la voiture. J’en garde un vague souvenir mais mon corps se souvient du choc. Quand j’ai ouvert les yeux, je me suis vue étendue par terre, écorchée de partout, les jambes blessées et le sang qui coulait de ma tête. Je n’étais plus dans mon corps, juste debout à côté. J’ai levé le regard et cru voir mon reflet l’espace d’un instant sauf que ma personne arborait un sourire satisfait. Elle s’est avancée, a enjambé mon cadavre et m’a enlacé. Elle avait aussi ma voix, je croyais que j’étais devenu folle. Son timbre était étonnement doux et moqueur. Elle murmurait de ne pas m’inquiéter, que tout était enfin fini. En réalité, tout allait commencer.
Des témoins de l’accident ont appelés les secours et après quelques heures à être coincée dans une salle opératoire, j’ai survécu. Il y a plus de peur que de mal. Un peu plus de deux mois après, je suis sortie mais je n’avais aucun endroit où me réfugier. J’étais partie sur un coup de tête, pour le rejoindre à 1200 km de chez moi. L’idiote, certes amoureuse mais je n’avais pas l’air fine ! Je me retrouvais seule dans une ville que je ne connaissais pas et sans un toit où dormir. Je me suis alors installée dans un hôtel avec le peu d’économie présente sur mon compte. Cet établissement n’existe plus et j’en suis l’unique responsable. Je n’arrivais plus à trouver le sommeil, je redoutais les venues de Killia. Durant l’hospitalisation, les médicaments m’aidaient à la supporter.

Et lors d’une nuit de démence, elle traversa la limite qui nous séparait et prît le contrôle de mon corps. Le reste se déroula comme dans un rêve. Devenu spectatrice, je la regardais prendre ses aises à se préparer, à s’habiller et remettre en ordre la chambre. Ma valise en main, elle a payé le séjour en feintant avec beaucoup d’émotions une urgence familiale. Une fois dehors, elle a fourré mes affaires dans la première poubelle car tout ce dont elle avait besoin était mes papiers, rien d’autre. Camouflée dans une ruelle, elle tendit la main et l’hôtel se transforma en un immense brasier. Ce sont deux cents quatorze personnes qui furent tuées. J’entendais tout, je voyais tout mais je ne pouvais agir. Cet enfer se serait étendu sans l’intervention de personnes que je connaissais que trop bien. Ma mémoire n’étant plus scellée, les souvenirs de mes anciennes vies me dictèrent tout ce que je savais sur ces inconnus qui combattaient pour m’arrêter.
Lorsque je repris mes esprits, je reposais contre le torse de Seb, ses puissants bras m’empêchant de fuir. Ces cinq présences apaisaient tout mon être. Depuis je vis auprès d’eux bien que je sois une Faucheuse.
Mais j’étais incomplète, je ne me rappelais pas comment déployer l’Entrave. L’Entrave scelle un lieu devenu un champ de bataille. Grâce à lui nous excluions les personnes extérieurs et ceux qui se retrouvent tout de même enfermés sont appelés les Innocents. Il est parfois plus facile de protéger des inconnus. Le plus étrange est que nous seuls, les Faucheurs, sommes dépositaire de l’Entrave et l’énergie qui nous permet de l’étendre est tout simplement celle que nous provoque la Source. Comme si malgré le malheur que nous répandions, nous avions encore une once d’humanité.

J’ai de nouveau le souffle coupé et je sens l’énergie de Killia presser ma poitrine. Elle va bientôt se réveiller et ce moment où je suis seul maître de mon corps s’estompe. Depuis plusieurs jours, cette sourde douleur située dans mon dos est constante et dans peu de temps, je ne pourrais plus retenir mes ailes ni ma faim.
Arriver à se nourrir de l’aura des vivants et de l’âme des morts, dans un sens je ne suis pas si différente du shinigami Yoru. Cet homme aussi porte un pêché dont le poids est semblable au mien. Sa croix était devenue trop lourde alors il l’a brûlé, à présent il paye le prix. Un matin en rentrant d’un travail, il m’a confié ces dires.

« – Il te reste encore une chance de t’en sortir car contrairement à moi tu es en vie. Je sais que cela est risqué mais tu devrais lui parler et lui dire toute la vérité. Sur toi, sur ce qui s’est passé cette année et sur lui. Lui qui sans le savoir est devenu plus qu’un simple humain, sur ce que cela signifie d’être la Source d’un Faucheur. Peut-être va-t-il avoir peur, te haïr ou te traiter de folle. Mais par ce biais, tu montreras à Killia que tu peux apposer tes proches choix. »

Oserais-je tout lui dire ? Quelles sont mes raisons de rester dans cette ville ? Que je n’ai rien manigancé quand nous avons rencontré ses amis dans ce bar ? Je ne pouvais deviner qu’elle était sa sœur, leurs noms sont si communs.
Au cours d’une sortie, mon cœur s’est enraillé lorsqu’une de ses amis, assise à côté de moi, à laisser s’échapper le nom de son copain. Brusquement, le contenu de ma coupe de glace était devenu le centre du monde. Je sentais le piège se refermer sur moi. Et ce qui devait se produire arriva.
Il n’a rien dit en me voyant et il n’était pas seul. Le rire de Killia résonne encore à mes oreilles. Sans rien laisser paraître et en particulier aux regards de mes amis, j’ai cédé plusieurs mois à l’Original.

En dépit de tout ceci, la puissance de mon Entrave s’est intensifiée. La Source a muté, elle n’était plus uniquement liée à lui mais au monde, son monde à lui. Le monde d’une personne est constitué de son passé et de son avenir, de ses rêves et de ses craintes, du présent dans lequel il gravite et des entités qui l’entourent.

Josh essaye souvent de connaître l’identité de ma Source, qu’il continue car cette fois – pour cette vie – je ne divulguerai rien. Par le passé, Victor et Valérie décrétèrent d’anéantir Killia lors de ses renaissances. Je ne nie pas le poids infligé par cette décision car elle les contraint à m’abattre bien que mon âme ne soit plus de ce monde. Depuis que je les fréquente, soit près de quatre siècles, le jugement dernier m’a été rendu de leurs mains à plusieurs occasions et malgré ce choix, les Gardiens cherchent toujours à déceler une solution pour suspendre ma malédiction.

Dehors, la brise est imprégnée d’humidité. La météo eu annoncée une nouvelle semaine de pluie. Doucement, je me frotte les mains engourdies par la basse température tout en faisant attention aux bandages qui les recouvrent. Ces marques datent d’un récent combat, il y a trois jours un démon nous a donné du fil à retordre. Audrey y a récité une prière des plus simples pour soigner nos blessures. Mais son effet a été inefficace sur moi. Elle a recommencé maintes fois, sans succès malgré toute sa volonté et son désespoir. A cet instant, quelque chose s’est brisé en moi et un froid glacial a enveloppé mon esprit.
Un mois et demi, c’est tout ce qu’il me restait.
Le schéma ne change jamais, au début les litanies deviendront inutiles puis je ne pourrais plus masquer mes ailes et ma fringale grignotera incessamment ma raison.

La continuité est ce que les Originaux cherchent à détruire et de ce fait les Hôtes atteignent rarement la trentaine. Sans l’aide de la Source, nous ne survivons que quelques années. Quand ai-je commencé à baisser les bras ? Je n’arrive pas à le définir, la mémoire des Faucheurs et des Gardiens sont scellées jusqu’à ce que ceux-ci se réveillent mais nous n’avons pas accès à l’entièreté de nos souvenirs. Certaines parties restent enfermées et seuls des éléments déclencheurs libèrent leurs contenus.

Je me rappelle pourtant de la première fois où j’ai pu enfanter, oui la naissance de ces jumelles avait représenté une victoire écrasante sur le souvenir de Killia. Cette euphorie était à la hauteur de celle provoquée quelques années auparavant lors de la défaite de l’Original face à l’homme qui était, à cette époque, la Source. Je n’osais croire que cela était réel, je l’avais tellement souhaité. Je crois que je mettais mise à aspirer à une vie plus lumineuse, de tirer parti des erreurs de mon long passé pour me forger un avenir que je voulais moins sombre. Ce fut aussi la première vie où je mourus de vieillesse.
Les deux vies qui suivirent celle-ci m’avaient permis d’appliquer ces bonnes résolutions et je n’avais été déçue du résultat bien que je n’y ai pas eu d’enfant. Le hasard a voulu que mon époux soit stérile et lors de l’existence suivante, ma Source était une femme. D’ailleurs ma rencontre avec elle avait failli mettre un terme à mes bonnes résolutions. J’avais été à deux doigts de la tuer. Mes amis lui ont effacé la mémoire et par la suite, nous avions finis par nous recroiser. Il lui avait fallu un peu de temps pour m’apprivoiser et il s’était avéré qu’elle était aussi merveilleuse que ces deux prédécesseurs. Eux trois avaient tenté de voir au-delà des apparences. Elle me comparait souvent à un oiseau blessé et baignant dans son sang, les promeneurs passent à côté de lui dégoutés par sa vue. Elle soupirait qu’il suffisait simplement de nettoyer son plumage pour voir apparaître une jolie corneille. De nous deux, ce fut elle la plus forte. Malgré la puissance de mes pouvoirs, ma volonté n’égalait pas la sienne, elle était capable d’affronter la vie avec ses capacités de simple humain. Elle est partie avant moi. Lui en ai-je voulu ? Oui car je suis égoïste. Je ne me souviens pas de ce que cela faisait de vivre avec l’être aimé jusqu’à la fin.
C’est comme si je visionnais le début et la fin d’un film mais que je n’arrivais qu’à entrevoir le milieu. Tout cela est frustrant au plus haut point.

Et il y a eu Lui. Notre histoire a été l’une des plus courtes et paradoxalement la plus intense. Cela avait plutôt mal commencé entre nous. Il s’était retrouvé coincé dans l’Entrave avec d’autres Innocents, le combat avait été ardu au point qu’il nous avait fallu changer de monde et on s’était tous retrouvés accidentellement séparés. J’ai passé une grande partie de mon temps à me disputer avec lui. J’essayais de me mettre à sa place, à se retrouver face à d’étranges créatures sa vision du monde s’en voyait bafoué. Soyons honnête, sarcasme devait être son deuxième nom. Il fut tellement borné que l’idée de l’abandonner dans un monde inconnu ne m’avait pas quitté avant la fin de cette expédition.
J’ai hurlé quand on a effacé leurs mémoires et qu’il s’avérait que le sort ne fonctionnait pas sur lui. Ce n’est pas commun mais il arrive que nous croisons des êtres sur lesquels le sortilège « Erase » est inefficace et généralement ces personnes sont des Sensibles, des humains avec une clairvoyance aiguë. Je comprenais mieux son comportement. Il ne ressentait aucune peur, il était juste exaspéré.
Cependant, cet incident a eu un impact positif. Il rencontrait enfin des personnes qui ne le prendraient pas pour un fou.

Au fil des semaines, son comportement changeait. Il devenait moins colérique et susceptible. Du moins, c’est ce que je croyais. Un jour, Josh a entraîné les autres dans une embuscade afin de nous rapprocher. Le déjeuner en groupe était devenu un déjeuner à deux. Ce fut à partir de là que sa porte me resta ouverte jour et nuit. Mais ma malédiction jetait une ombre sur nos vies. Et lorsque je lui avouai la méthode pour la stopper, ce sujet devint un sujet de discorde.
La vérité était qu’il ne me restait presque plus de temps. Face à cette situation urgente, il fit des pieds et des mains pour me convaincre de la tenter allant jusqu’à rendre nos nuits douloureuses. La méthode était devenue trop risquée et je lui rappelai qu’il pouvait perdre plus que sa vie. Mais avec lui s’était tout ou rien et je voulais vivre. Nos amis ne pouvaient que regarder nous déchirer, ils ont maintes fois essayés de nous raisonner sans succès.

Lorsque je me suis réveillée, il n’était plus là. Il y avait juste son cadavre pour refroidir les draps.
On avait tout calculé hormis un facteur, celui que l’on soit deux à être protégés. Quelques mois après, j’ai mis au monde l’une des causes de notre défaite. J’ignorais que je pourrais me mettre à haïr mon propre enfant. Au point que je n’ai pas su le sauver. Peut-être ne l’ai-je pas voulu.
Maintenant je m’en veux mais rien n’y changera. J’ai arrêté d’y croire depuis ces évènements. Mais là où le bât blesse est que durant le court temps où je ne suis qu’une humaine ordinaire, je continue à croire en l’avenir.

Le ciel blanchâtre m’éblouit. Ma décision est prise et le moment venu je ferais face à la Porte. Concernant la Source, je laisse le court du destin en décider car je souhaite aussi de savourer mes derniers moments avec ces êtres qui sont si chers à mon cœur et qui m’acceptent depuis tant de vies. Un jour prochain, l’aube deviendra mon crépuscule car choisir de ne pas choisir est aussi un choix.

« – Je t’avoue Killia que je n’ai qu’un regret, celui de ne pas connaître la saveur de ses lèvres. »

Tout à coup, quelqu’un toqua à la porte de la chambre. Celle-ci s’ouvrit timidement et laissa passer la tête d’Audrey. Cette intrusion sortit Crow de ses pensées et cette dernière se redressa faiblement dans son lit. Son corps endolori la fit s’écraser dans son oreiller. Soupirant d’amusement, la jeune gardienne rejoignit son amie pour l’aider à se lever.

« – Dis donc, tu as encore défait tes bandages ! taquina Audrey.

– Désolée, gémit Crow.

– Bon, j’arrange tout ça et on va rejoindre les autres. Le petit déjeuner est presque prêt.

– Il est si tard que ça ? s’inquiéta la plus jeune.

– Ca va, on a un peu de temps, rassura la plus âgée. D’abord je te rafistole un peu et si tu es sage, tout à l’heure je te préparais un bain spécial nature. »

Devant l’expression mitigée de Crow, Audrey rajouta : « Ne t’inquiètes pas, on t’attend.

Dehors le vent se renforça et balaya les ruelles, s’engouffrant à l’intérieur de ce labyrinthe moderne.
Lorsqu’il traversa une avenue, un mince filet de pensée s’immisça en lui : « Maître, je vous en pries. Souvenez-vous de moi. »
Puis la brise éparpilla ces particules jusqu’au cœur de la cité métropolite.

to be continued

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