Fragmenter

Combien de temps suis-je là ? Depuis quand ces personnes me fixent-elles ? Je n’arrive déjà plus à m’en rappeler comme si le temps n’avait plus d’impact.
Je me revois assis sur le rebord du pont à attendre que la nuit se termine. Mon esprit devait être ailleurs car je n’ai pas réagi quand un groupe de fêtards passa derrière moi et que l’un d’eux me donna un coup dans le dos en s’exclamant « Allez, au bain ! ». Mon corps glissa vers le vide. Par réflexe, ma main droite s’agrippa à la rambarde. Seulement, pourquoi retenir cette vie ? N’était-ce pas ce que je souhaitais au fond, qu’elle s’achève ? Sans vague. Comme si cela pouvait provoquer un quelconque remous dans l’univers… Alors je lâchai ma prise et rejoignis ainsi le fleuve que j’aimais tant admirer autrefois.
Maintenant je suis là, à prendre racine si je puisse dire. Quand, enfin, je sens une présence dans mon dos que ses deux bras m’enlacent, ceux de celle qui cohabite avec moi. C’était quand j’étais encore une enfant, elle disait être un « parasite » et qu’en échange de mettre sous clé certains souvenirs insupportables je la laissais m’habiter. Est-elle vraiment un esprit ou simplement une deuxième personnalité, cela n’a à présent plus d’importance.

« – Que vas-tu faire maintenant, finis-je par lui demander.
– Trouver un nouvel hôte » me répond-t-elle.

Tournant légèrement ma tête vers son visage qui est le mien, je réitère une vieille question « Quel est ton vrai visage ? ». Pour ce dernier instant, elle ne m’offre pas de silence.

« -Je ne sais pas. Il y a longtemps que je ne peux plus m’en souvenir. »

Les sombres silhouettes se dirigent vers nous, annonçant la fin de notre « amitié ».

Je regarde mon hôte s’avancer vers les Juges. Après avoir abandonné son corps dans le monde des vivants, elle va peut-être devoir aussi donner son nom et sa mémoire. Cette âme perdue n’a commis aucun crime hormis celui de ne pas avoir voulu survivre à cet accident, avec un peu de chance les Juges seront indulgents. Tout comme ils l’avaient fait envers moi.
Toutefois, j’espères qu’elle ne profitera de sa nouvelle situation avec autant d’aisance que moi. Sinon, nous serons deux à être des fugitives.

21/12/13 EVENT « La Nuit de la Plume »

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Bonsoir à tous!

A l’occasion des fêtes d’hivers, le blog se voit attribuer d’une nouvelle apparence.

Ce soir est aussi l’Event « La Nuit de la Plume » sur le forum de Hinata-Online Community !

<< Que diriez-vous d’une Nuit de la Plume? 
Ceux qui naviguent sur Fanfiction.net devraient vite comprendre où je veux en venir!^^

En gros, je vous propose pendant une nuit, de relever le défis: 1h = un texte sur un thème donné!
(disons que la nuit commencerait à 21h jusqu’à 3h du matin!^^ Ce qui donne quand même 6 textes à faire pour ceux ou celle ayant le courage d’aller jusqu’au bout!^^) >>

C’est partit ….pour le carnage XD
Le lien : http://hinata-online-forum.forumactif.com/t8534-event-la-nuit-de-la-plume-21-12-2013

EDIT 22/12 5h30 : la page « Ecrits pour Hinata-online » est active dans l’onglet Fictions Originales. Ainsi que l’article  » La Nuit de la Plume » avec les 6 textes de l’évent.

Chapitre 2 : Souvenirs d’entraînements (partie 1)

« – Allez ! Concentres-toi ! PLUS VITE ! »

Les balles volaient de tous les côtés, le forçant à se diriger vers le centre de la salle. Il fallait trouver un couloir où se cacher et échapper à leur vigilance pendant quelques minutes, le temps de retrouver son souffle car depuis le début c’était sous forme de secondes qu’il reprenait un peu d’énergie.
A 50 mètres sur sa droite il vit une petite embouchure, c’était le moment propice, profitant de l’épaisseur de la brume il fonça sur le petit couloir adjacent. Les balles percutèrent le mur où il était adossé quelques secondes plus tôt.
Un étrange silence s’installa soudainement. Avait-il réussi son objectif ou bien était-ce un piège ?
Sortant de sa poche un couteau dont la lame était rétractive, il se rapprocha le près possible du couloir où quelques instants auparavant ses assaillants se trouvaient. Se servant de la lame comme d’un miroir, il scruta les environs. Personne mise à part la brume qui n’avait pas perdu de sa densité. Restant quand même sur ses gardes, il s’appuya contre le mur du petit couloir afin de reprendre un rythme respiratoire normal.
5 heures. Cela faisait 5 heures non-stop qu’il esquivait les balles.

Flash-back

Conduit par une des employés qui s’occupait de lui, il était en route pour son entraînement quotidien. Une salle située au troisième sous-sol servait de lieu d’entraînement, une surface plate mesurant 2 km sur 2 km et contrôlée par plusieurs ordinateurs qui matérialisaient les murs avant chaque simulation, il était ainsi possible former un nombre incalculable de terrains. Elle permettait aussi de créer des substituts, personnes en chair et en os doté d’une durée de vie définit, ainsi qu’appliquer des conditions climatiques réelles.
Subaru subissait quotidiennement plusieurs heures d’endurance afin d’améliorer sa résistance à l’effort physique.
On équipait son poignet d’une montre à écran digitale où s’affichaient deux données, la première était le temps passé dans la salle et la deuxième représentait ses points d’énergie sous la forme de barres verticales. La fatigue et les blessures réduisaient le nombre de ces dernières.
A chaque visite un objectif devait être accompli, parfois c’était de tenir le plus de temps possible comme rester pendant cinq heures en utilisant tous les moyens pour ne pas perdre trop d’énergie. Ou bien de neutraliser le plus de hologrammes créés par les ordinateurs de contrôle dans un laps de temps restreint. Tout ceci était dans l’uniquement but d’entraîner les anges à différentes situations.
Mais l’objectif, c’était à lui de le trouver et de l’exécuter.
Et parfois cela était très difficile.

Fin du flash-back

Une goutte…deux gouttes…trois gouttes…la brume s’était estompée pour laisser place à une pluie abondante réduisant la visibilité.
Cette pluie…cela lui rappelle sa première fois…ici…

C’était il y a 4 ans, il était âgé de 5 ans.

Ils étaient venus le chercher dans sa salle, l’une des employés l’avait prise dans ses bras et il avait été conduit jusqu’à ici.
Sans la moindre explication, il avait été laissé seul dans un labyrinthe sombre généré par les ordinateurs de contrôles, sous une pluie abondante et glaciale.

Il était resté là, debout, face au gouffre noir qui s’ouvrait à lui.
Au bout de vingt minutes, il s’était mis à avancer vers cette pénombre, d’un pas hésitant.
Il était trempé jusqu’au os, la température de son corps tremblant de froid chutait à vive allure. Complètement désorienté, il errait, se perdait au fil des minutes dans cette immensité de murs.
Son esprit finissait par s’embrumer, il chancelait parfois.
Finalement il trébucha et s’étala de tout son long sur le sol froid, la pluie n’ayant toujours pas cessé de tomber. Lors de sa chute, un petit bruit métallique s’était fait entendre.
Prenant appui sur ses avant-bras, il leva la tête et rétractant ses pupilles il scruta devant lui.
A à peine un mètre, une sorte de montre dont l’écran émettait une faible lumière.
Se relevant avec difficulté, il s’approcha de l’objet, grâce à la luminosité que dégageait l’écran, celle-ci frappa les bâtonnets des iris de ses yeux, lui permettant ainsi de voir dans ce labyrinthe complètement noir.
Ramassant la montre et la mettant à son poignet, il se remit en route. Sur l’écran était affiché : « temps restant: 4 heures ».

Il se stoppa brusquement, une odeur était dissimulée derrière celle de la pluie, une odeur pincée et pourtant douce, une odeur qu’il ne connaissait pas.
Ses pupilles toujours rétractées, il huma l’air puis fit pivoter ses « nekomimi » vers la direction d’où provenait l’odeur.
Mue par une force étrangère, il avança dans cette direction, d’un pas presque décidé.
A à la droite d’un carrefour, était posé contre le mur le corps d’un chien…sans vie.

Ce jour-là il y avait deux odeurs réunit en une seule, celle de la mort et celle d’un animal.
S’agenouillant face au corps sans vie du chien allongé sur le flanc, il s’était mis à caresser à sa douce tête.
Envahies par ses sentiments, il avait fini par s’allonger sur le sol trempé et glaciale. I prit le chien dans ses bras et le serra contre lui, voulant lui transmettre de la chaleur, ne prêtant pas attention au millier d’aiguilles glaciales, effet de la pluie, qui s’enfonçaient dans sa chair.
Il avait finit par s’endormir.
Lorsqu’il s’était réveillé, il était allongé dans son lit, à l’intérieur du dôme de verre de sa salle.
Il avait eu une forte fièvre suite à cette expérience et s’était réveillé 6 heures plus tard soit 2 heures après le temps limite.
Ce jour-là, il y a 4 ans, âgé de 5 ans, il avait découvert l’odeur de la mort, de la mort d’un animal.

Toujours adossé au mur, Subaru regarda sa montre: « temps actuel: 5h30m27s »

Cela faisait une demi-heure que les assaillants n’avaient pas tentés quoi que ce soit, ce qu’il voulait dire que c’était à lui de faire le premier pas.
Cela faisait une heure qu’ils avaient changé de méthode, au début ils cherchaient à l’effrayer et à le faire courir, visant toujours à côté puis ils ont commencés à tirer vraiment sur lui, l’une balle l’avait d’ailleurs touché à l’épaule droite, grâce à cette petite pause de trente minutes la blessure s’était refermée, donc il fallait esquiver les balles et se frayer un chemin dans la salle d’entraînement et maintenant ils faisaient en sorte de le guider de force vers le milieu de la salle, vers un terrain apparemment à découvert en plus…

Se redressant, les « nekomimis » en alertes, il entama sa marche vers le terrain à découvert que eux voulaient qu’il atteigne.

to be continued

Note de l’auteur: « nekomimis » veut dire en japonais: « oreilles de chat » que Subaru possédait en permanence quand il était enfant.

Chapitre 1 : Vérité cachée et répit éphémère (partie1)

Tokyo, belle ville métropolitaine où s’y déroule à présent les derniers moments de vie pour l’humanité car dit-ci quelques jours tout sera terminé, tout disparaîtra, le temps sera figé sur les ruines éternelles de l’empire humain. Dit-ci quelques jours la planète reprendra ses droits et sa liberté sur ce virus qu’elle a engendré et qui a finit par la souillé, la polluer, la faisant agoniser pendant beaucoup trop longtemps. Dès le début, elle craignait du futur de son « berger » , de ses décisions sur le troupeau qu’il devrait garder et protéger, de cet animal qui sera en haut de l’échelle de l‘évolution, de son fils qui au fil du temps se détournera finalement de ses objectifs pour connaître et vivre ce que l’on appelle les « plaisirs » dont certains seront plus que néfastes pour elle.
Un être vivant possédant un cœur spécial, d’où pouvait naître une infinité de sentiments dont seulement quelques-uns auront un nom, un cœur possédant deux faces afin de maintenir un équilibre physique et spirituel, un cœur qui donnera liberté ou enchaînement au corps auquel il appartient. Un cœur qui acceptera oui ou non les différents choix que le destin lui présentera et donc qui scellera ou non le futur de l’être humain auquel il est lié.
Un cœur pouvant être présenté comme une bombe à retardement.

Un « ultimatum », voilà ce que la Destiné a créer dans l’ombre en plus du futur de l’espèce humaine, un « jugement » qui sera apposé à une date précise, une « prophétie » qui s’achèvera soit dans le sang de la Terre soit dans celui de ses enfants.

Malgré qu’une grande partie d’eux la corrompe ou la renie, la Terre en aime. Ceux qui ont le privilège de recevoir cet amour malgré le fait qu’ils appartiennent à l’espèce humaine, plusieurs innocents qu’elle veut protéger quelques soit leurs origines, leurs apparences, leurs croyances, leurs statuts sociaux, ceux qui d’après elle ont vraiment le mérite ou le droit de vivre.
Parmi tous les humains, 14 deviendront ses armes ultimes contre la Destiné qui a forgé un tel futur pour l’espèce humaine, pour ses enfants. A leurs têtes, « Kamui ».

Toutes deux se livrant bataille, décidant du futur de ceux qui deviendront leurs pions pour la partie finale.
Des parties d’échec créant des moments de joies mais aussi de peines pour eux, des parties que la Terre a perdu, la Destiné victorieuse apposa ainsi de funestes destins pour les Dragons.
Détruisant ainsi toute raison de vivre pour la majeur partie des Anges et des Sceaux.
La dernière partie, la Bataille finale a commencé.
Ses 14 enfants se sont séparés en deux groupes, les Anges et les Sceaux. La Terre dirigera les Sceaux, la Destiné maniera les Anges.

Si la Terre perd cette bataille, l’espèce humaine dans son entièreté disparaîtra, son cœur à elle sera meurtrie à jamais de la mort des humains qu’elle voulait protéger, ceux qui avaient reçu, sans même le savoir, son amour. L’équilibre ne pourra être rétabli.
Si la Destiné perd cette bataille, l’espèce humaine survivra mais le futur de la planète sera entre les mains des humains qui aiment et veulent protéger la survie de la Nature, l’autre nom de la Terre.

« Kamui », si seulement le vrai « Kamui » pouvait se réveiller, si seulement la Destiné n’avait corrompue l’étoile jumelle du Messie. La déroutant ainsi de son véritable objectif.

Voilà une partie de ce qui a été révélé aux deux Anges tombés au combat, Seïshiro et Nataku.
Après la mort de chacun, la Terre avait réussi à retenir leurs âmes avant que celles-ci ne tombent dans le chaos destiné aux Anges.
Après un sommeil spirituel réparateur, elle leur révéla une partie de la vérité sur ce combat, qui d’un certain point de vue peut paraître cruel et inutile mais était peut-être inéluctable.
Elle révéla aussi que le futur est incertain mais a resté ainsi en suspension, la Destiné finira par y trouver la faille.
Plusieurs facteurs joue sur ce qu’on appelle le « futur »: la Terre, la Destiné, le cœur et les souhaits.
Seulement, il existe autant de façon de dérouter ou changer son destin, ou au contraire le subir, qu’il n’y a de cœur humain et de souhaits.
La Terre choisissant les objectifs de chacun, la Destiné apposant le destin de chacun, le cœur donnant liberté ou enchaînement à l’esprit et au corps, les souhaits qui dirigeront les actions de chacun.

La Terre donna ainsi une chance aux deux Anges de révéler, ne serait-ce une partie de la vérité aux Dragons encore en vie.
Le premier à « retourner » auprès d’eux, fût Seïshiro.
Utilisant un sort d’invocation, elle matérialisa l’âme de l’ancien Sakurazukamori.
Son objectif était de révéler une partie de la vérité sur le combat opposant les deux factions mais aussi de mettre au clair certains points avec son successeur avant que la Destiné n’achève définitivement le nouveau Sakurazukamori.

to be continued

Prologue : Nuit

 Notes :
Snow Bloody : nom inventé, cette drogue est fictive.
Shinigami : littéralement en japonais « dieu de la mort ».
Proie : le nom donné, dans cette fiction, aux personnes tuées par les Shinigami.

L’ombre furtive s’approcha des remparts, elle était là, il en avait la certitude. Elle s’était enfin décidée à venir malgré des jours d’hésitations et encore maintenant, il ne douta pas que son cœur était tiraillé entre l’envie de savoir et celle de fuir ces lieux hostiles. L’espace d’une seconde, un doux sourire se posa sur ses lèvres mais il disparut en un battement de cils, laissant place à un visage impassible car ce ne fut pas le moment, pour lui, de montrer son ancien souvenir.

Les minutes passèrent tandis qu’un souffle glacial mordit le château et ses ruines, faisant s’onduler l’herbe. Il voulait la torturer encore un peu, juste pour fignoler la préparation de leurs retrouvailles, distillant goutte par goutte les défenses de la jeune femme. Depuis le temps qu’il attendait ce moment, il se devait de montrer une certaine assurance qu’il n’avait pas du temps de son vivant.

Soupirant d’aise, il entama un mouvement dans sa direction tout en gardant ses sens sur le qui-vive, néanmoins il apprécierait que leur entrevue ne soit dérangée par un quelconque importun. Et d’une marche légère, il se rapprocha d’elle, réduisant par ses pas la distance qui séparait leurs deux corps désuni depuis si longtemps. Au fur et à mesure de son avancement, la force du vent augmentait graduellement comme si le souffle façonnait son entrée.

Seule, debout sur les remparts du château, elle attendait une réponse. Une réponse qui la blessera sans nul doute. L’air balaya la pierre, la faisant frissonner. Son cœur s’accélérait, elle qui n’était pas cardiaque allait finir par le devenir. Puis une nouvelle bourrasque la heurta violemment et lui fit perdre l’équilibre.
Quand soudain, le vent se tut. Un lourd et assourdissant silence s’installa dans la plaine, même cet agaçant croassement de corbeau s’était étouffé dans le décor nocturne. Le temps semblait s’être figé.

Lentement et par fragments, un ensemble de fleurs se composa à ses pieds comme par magie. Étonnée de cet évènement, elle le ramassa avec précaution. La clarté de la nuit lui permit de voir précisément le branchage qu’elle tenait dans ses mains. A sa grande surprise, il s’agissait d’une petite branche de cerisier parsemée de fleurs écloses et de quelques boutons.
Une nouvelle bourrasque meurtrit le lieu dévasté mais cette fois-ci la secousse était différente et paralysa la femme qui tenait toujours le rameau. Ce vent assez doux se mit à tourbillonner autour d’elle et des pétales rosés se mirent à nager dans le courant des cercles d’air. Peu à peu, certains se rassemblèrent face à elle et commencèrent à former une silhouette, humaine et légèrement plus grande qu’elle. Puis les fleurs troquèrent leur blanc ensanglanté contre une couleur chair. Comme une naissance, il se matérialisa ainsi sous ses yeux.

Manteau noir contre veste beige.

Toujours emprisonnés dans la colonne d’air où les pétales caressaient leurs silhouettes, ils se fixèrent, l’un froid et l’autre choquée. Alors un murmure à peine audible franchit les lèvres du jeune homme.

– « Cela faisait si longtemps…Mademoiselle. »

Le froid de ce mois hivernal fit apparaître son souffle tandis que la neutralité du ton de cette phrase heurta douloureusement le cœur de la jeune femme.

Tout avait commencé, il y a plusieurs mois. Le passé auquel il tenait et haïssait à la fois refit surface lorsque suite à d’étranges évènements il se devait de protéger ce qu’il détestait. Il pensait que son ancienne vie était enterrée, que rien ne pourrait le faire désobéir aux ordres de sa destinée ou devrait-on dire de son nouveau statut. Et pourtant, il allait devoir rouvrir les blessures qui ont causé sa perte et déchéance.

Marchant dans l’une des rues de la basse-ville faiblement éclairée par quelques enseignes, une masse le heurta en sortant d’une petite passerelle sur sa droite. La chose semblait tanguer sur place et le poussa molestement en marmonnant quelques jurons. A son apparence, on pouvait y voir un jeune drogué, le teint maladif, les cernes noires, les vêtements crasseux et l’odeur âcre qu’il dégageait montrait qu’il ne vivait que pour sa petite dose quotidienne. Mais la preuve incontestable fut la présence d’une marque bleu sur le contour des yeux et sur les tempes dut à la dépendance de Snow Bloody, une drogue devenu populaire ces dernières années. Rapidement, la substance devenait vitale pour eux jusqu’à qu’ils meurent d’une overdose ou de faim par le fait qu’ils finissaient par se nourrir exclusivement de cette poudre.

Une mort pitoyable du point de vue de certains de ses collègues. Les humains sont faibles et ignorants. S’enfermant chaque jour dans une routine ennuyeuse et le soir venu, une fois la porte du logis franchie, ils s’enferment dans le petit monde qu’est leur famille. Ils se persuadent que rien ne peut leurs arriver, que la douleur et la mort n’arrivent qu’aux autres. Jusqu’à que celles-ci abattent leurs haches aiguisées sur leurs misérables têtes.

Il aurait continué sa route si le débris qu’il l’avait bousculé ne le retenait pas par la manche. Son regard azur croisa alors des pupilles grises où il ne pouvait y lire qu’obsession, faim et mort. Un regard où la vie s’était estompée au fil des injections. Le cadet ne souhaitait qu’une chose, une chose que son aîné allait lui offrir.
Tenu toujours par le poignet, il guida le jeune vers un petit square situé à quelques rues du lieu de leur rencontre. En cette nuit de printemps, la température était très fraîche et le parc semblait avoir des difficultés à se réveiller de son sommeil hivernal.
Ils s’arrêtèrent près d’un prunier dont les boutons refusaient encore de s’ouvrir. Ce fut à ce moment-là que le plus jeune lâcha sa prise sur le bras secoureur. A quelques centimètres de l’autre, aucun de deux ne semblait vouloir réduire la distance entre leurs corps. Les secondes passèrent tandis qu’ils apprenaient à se connaître, répartissant les rôles avant de jouer la scène finale et ce juste en plongeant dans le regard du partenaire. Une fois décidés, l’aîné enlaça son cadet qui ferma les yeux sous l’étreinte.

Un petit moment de flottement et le plus jeune glissa contre le corps de son sauveur, son propre corps s’effondrant sur le sol… sans vie.

Quel fut son souhait ? Sentir une dernière fois la chaleur d’une étreinte et mourir loin du regard des autres. Comme par hasard, ils se sont croisés ; comme par hasard, un square tranquille ne se trouvait pas loin. Mais surtout la providence autorisa la partie dissimulée du sauveur à réagir à cette demande. Pures coïncidences ou Destin ?

S’agenouillant près du cadavre, Yoru le regarda froidement celui-ci. Mais un léger malaise l’étreignait car l’autre face de son être fut touchée par le regard de l’adolescent. « Il » avait repris le contrôle de son corps afin d’exaucer l’ultime souhait du jeune homme. L’un contre l’autre, des images avaient traversé son esprit : la vie d’un fils d’une famille aisée rongé par la maladie et qui était condamné à mourir très jeune. Puis la tentative d’échapper à la douleur croissante grâce à la Snow Bloody qui le mettait dans un état végétatif. Et un soir de printemps, un de ceux qui apposent la mort croisa son chemin. Il lui a suffi d’un instant pour comprendre la vérité sur l’inconnu qu’il avait bousculé exactement comme un animal sent venir sa propre mort. Un dernier regard avant de mettre l’habit de cérémonie, l’un en tant que Proie l’autre en tant que Shinigami. Et le second absorba l’âme du premier.
Yoru fixa ses mains, il sentit l’âme du jeune homme circuler à l’intérieur de ses veines, au chaud et à l’abri de toute tentative d’absorption démoniaque. Ce soir, il avait utilisé une méthode agréable envers la Proie pourtant il était tout aussi capable de tuer avec moins de délicatesse. L’âme étant immortelle, certains shinigami s’en servent comme arme en la soumettant à leurs pouvoirs, pire d’autres s’en nourrissent même. Et quelques-uns, semblables à des employés, agissent comme des prêtres. Chaque humain a une espérance de vie différente et une fois que celle-ci est achevé, aussi courte fut-elle, ces derniers shinigami doivent récupérer l’âme du défunt pour qu’elle puisse être jugée et par la suite pouvoir se réincarner à nouveau.

Le monde des morts est régit par la Milice, ces shinigami s’assurent que l’équilibre avec le monde des vivants soit constant. Ils sont même ceux, voir les seuls, qui ont le plus de compassion envers les humains. Yoru travaillait parfois eux mais n’appartenait pas à leur rang. Le passé de son ancienne vie avait laissé des cicatrices beaucoup trop douloureuses pour qu’il puisse refaire, à présent mort, le même genre de métier qu’il faisait lors de son vivant.

Lentement l’aurore apparaissait, une nouvelle journée commença. Une de plus pour son éternité.
Un bruit sec se fit entendre suivi par un bruit de pas sur l’herbe légèrement humide, sa compagne l’avait rejoint.

– « Maître, que fait-on de son corps ? » Demanda-t-elle avec calme.

Yoru fixa le soleil en train de naître à l’horizon, ses fragiles rayons illuminant la surface de la mer encore sombre. De son vivant, il avait contemplé souvent ce spectacle et cela était bien la seule chose qui n’avait pas changé. Il avait bien entendu la question de la démone mais le devenir du cadavre lui était totalement indifférent. Non pas qu’il soit cruel mais la vie, les sentiments, il les avait enfermé avec sa personnalité d’antan dans la partie la plus profonde de son cœur. Et même si ils refaisaient surface par moments, jamais il ne les laissait trop longtemps en liberté.

Une fine main effleura la sienne, l’invitant à partir. En tant que noctambules, il fut temps pour eux de dormir. Un sommeil sans rêves, une vie sans lumière, il était bien devenu le contraire de son vivant. Mais tout ceci allait peut-être de nouveau changer.

to be continued

Prologue : Il est temps de faire un choix.

<< Le temps imparti est presque écoulé, aussi elle savoure cet instant où elle est seule maîtresse de ses pensées. Elle se souvient de comment son calvaire a commencé et tente de trouver une réponse à : « Et maintenant, que vais-je faire ? » >>

Allongée dans le lit, à l’abri sous les couvertures, j’attends que le jour se lève. J’ignore depuis combien de temps je garde les yeux ouverts, je sais seulement que cela fait plusieurs jours que cette habitude s’est installée. Peut-être s’était-elle enclenché au moment où je réalisai qu’il ne me restait presque plus de temps. Bientôt tous les cauchemars et toutes les larmes s’effaceront.

Cette nuit je n’ai pas fermé la fenêtre et la morsure du vent vient érafler mon visage. Ce matin, le ciel est entièrement recouvert d’épais nuages et plus les minutes passent, plus ceux-ci prennent une teinture de gris bleuté. Dans les bois qui entourent l’immeuble, j’entends des oiseaux acclamer la vie, leurs vies. Aussi courtes soient-elles. Mais qui suis-je pour les juger ? J’avoue qu’intérieurement je les envies. Cela fait plus d’une année que Killia s’est réveillée, là, à l’intérieur de moi. Et depuis ce jour, elle dévore le moindre de mes sentiments et se délecte du temps que je possède. Celui-ci s’amenuise au fil de ses attaques, s’effrite à chacun de ses mots. Elle n’a jamais eu de considération envers l’hôte que je suis, ni envers mes prédécesseurs. Voilà plusieurs vies que ce schéma cyclique perdure et il continuera jusqu’à que mon âme s’épuise et disparaisse. Oui, les âmes des Faucheurs agissent comme un cancer, ils ont besoin d’humains qui feront office de cellule-hôte et ils contamineront insidieusement le moindre atome de leurs êtres jusqu’à que leurs espérances soient entièrement ingurgitées. Alors la Porte du Néant apparaîtra et signera la défaite de l’hôte. Son âme sera aspirée à l’intérieur, son cœur et sa mémoire deviendront des pages vierges et ainsi l’âme du Faucheur pourra prendre l’entière possession du corps devenu une coquille vide. Il était l’enjeu du pari.

Une seule chose peut stopper cette gangrène. On l’appelle la Source, elle est propre à chaque Faucheur. Elles peuvent être une pensée, un souhait, une obsession mais la majorité sont des personnes. Eux-seuls sont capables de libérer l’être humain de l’emprise de l’Original, l’autre nom de l’âme des Faucheurs. Cela semble facile mais il ne faut pas si fier, rare sont les fois où nous sommes sauvés et quand bien même ce ne sera que le répit d’une vie.
La pensée populaire de « notre » monde nous nommes communément les Faucheurs, il ne différencie pas l’hôte du contaminateur. Pour ma part, j’éprouve maintenant moins de rage à porter ce qualificatif qu’il y a 600 ans. Déjà six siècles que je ne me suis pas réincarnée en arbre ou en oiseau, que mon âme – non – que les essences de vies qui la forment n’ont pu rejoindre des éléments naturels.

Comme comparatif, je dirais que tout ceci est à l’égal d’un jeu vidéo excepté que vous recommencez sans cesse la même partie avec le même avatar. La seule variation est la durée entre le début et la finalité cependant cette donnée dépend de la volonté de l’être humain condamné. La force de l’Hôte est le résultat de la mise de ses vingt premières années, tout se joue durant ce laps de temps au cours duquel nous menons une existence ordinaire où le monde est tel que les livres et nos parents le décrivent. Une vie déjà remplie de rires et de pleurs, de colères aussi et de doutes. Une vie qui évolue ou bascule au fil des évènements qu’elle traverse.

Et un jour, tout se brise.

La vérité sur soi-même et sur le monde qui nous encercle éclate à notre visage. Dans un premier temps, j’ai essayé vainement de me raccrocher à l’innocence que l’on m’avait arraché. Ce fut un échec. Je ne pouvais rien effacer, ni l’intense douleur que j’ai ressentie ce jour-là, ni la présence de Killia. Ce rite de passage est en réalité une duperie pour nous les Hôtes. Passé le vingtième anniversaire, les particules qui forment l’âme du Faucheur sortent de leurs latences et s’agitent. Elles attendent le bon moment pour sortir, elles scrutent l’instant où une douleur insurmontable viendra briser l’infecté et de cette faille surgira l’Original.

Je me rappelle encore du jour où je suis devenu une Faucheuse. Après qu’il m’est avoué tout ce qu’il avait sur le cœur, je me suis enfuie. J’ai couru longtemps. J’avais tellement mal. Mes larmes et la pluie m’ont aveuglée et je n’ai pas vue la voiture. J’en garde un vague souvenir mais mon corps se souvient du choc. Quand j’ai ouvert les yeux, je me suis vue étendue par terre, écorchée de partout, les jambes blessées et le sang qui coulait de ma tête. Je n’étais plus dans mon corps, juste debout à côté. J’ai levé le regard et cru voir mon reflet l’espace d’un instant sauf que ma personne arborait un sourire satisfait. Elle s’est avancée, a enjambé mon cadavre et m’a enlacé. Elle avait aussi ma voix, je croyais que j’étais devenu folle. Son timbre était étonnement doux et moqueur. Elle murmurait de ne pas m’inquiéter, que tout était enfin fini. En réalité, tout allait commencer.
Des témoins de l’accident ont appelés les secours et après quelques heures à être coincée dans une salle opératoire, j’ai survécu. Il y a plus de peur que de mal. Un peu plus de deux mois après, je suis sortie mais je n’avais aucun endroit où me réfugier. J’étais partie sur un coup de tête, pour le rejoindre à 1200 km de chez moi. L’idiote, certes amoureuse mais je n’avais pas l’air fine ! Je me retrouvais seule dans une ville que je ne connaissais pas et sans un toit où dormir. Je me suis alors installée dans un hôtel avec le peu d’économie présente sur mon compte. Cet établissement n’existe plus et j’en suis l’unique responsable. Je n’arrivais plus à trouver le sommeil, je redoutais les venues de Killia. Durant l’hospitalisation, les médicaments m’aidaient à la supporter.

Et lors d’une nuit de démence, elle traversa la limite qui nous séparait et prît le contrôle de mon corps. Le reste se déroula comme dans un rêve. Devenu spectatrice, je la regardais prendre ses aises à se préparer, à s’habiller et remettre en ordre la chambre. Ma valise en main, elle a payé le séjour en feintant avec beaucoup d’émotions une urgence familiale. Une fois dehors, elle a fourré mes affaires dans la première poubelle car tout ce dont elle avait besoin était mes papiers, rien d’autre. Camouflée dans une ruelle, elle tendit la main et l’hôtel se transforma en un immense brasier. Ce sont deux cents quatorze personnes qui furent tuées. J’entendais tout, je voyais tout mais je ne pouvais agir. Cet enfer se serait étendu sans l’intervention de personnes que je connaissais que trop bien. Ma mémoire n’étant plus scellée, les souvenirs de mes anciennes vies me dictèrent tout ce que je savais sur ces inconnus qui combattaient pour m’arrêter.
Lorsque je repris mes esprits, je reposais contre le torse de Seb, ses puissants bras m’empêchant de fuir. Ces cinq présences apaisaient tout mon être. Depuis je vis auprès d’eux bien que je sois une Faucheuse.
Mais j’étais incomplète, je ne me rappelais pas comment déployer l’Entrave. L’Entrave scelle un lieu devenu un champ de bataille. Grâce à lui nous excluions les personnes extérieurs et ceux qui se retrouvent tout de même enfermés sont appelés les Innocents. Il est parfois plus facile de protéger des inconnus. Le plus étrange est que nous seuls, les Faucheurs, sommes dépositaire de l’Entrave et l’énergie qui nous permet de l’étendre est tout simplement celle que nous provoque la Source. Comme si malgré le malheur que nous répandions, nous avions encore une once d’humanité.

J’ai de nouveau le souffle coupé et je sens l’énergie de Killia presser ma poitrine. Elle va bientôt se réveiller et ce moment où je suis seul maître de mon corps s’estompe. Depuis plusieurs jours, cette sourde douleur située dans mon dos est constante et dans peu de temps, je ne pourrais plus retenir mes ailes ni ma faim.
Arriver à se nourrir de l’aura des vivants et de l’âme des morts, dans un sens je ne suis pas si différente du shinigami Yoru. Cet homme aussi porte un pêché dont le poids est semblable au mien. Sa croix était devenue trop lourde alors il l’a brûlé, à présent il paye le prix. Un matin en rentrant d’un travail, il m’a confié ces dires.

« – Il te reste encore une chance de t’en sortir car contrairement à moi tu es en vie. Je sais que cela est risqué mais tu devrais lui parler et lui dire toute la vérité. Sur toi, sur ce qui s’est passé cette année et sur lui. Lui qui sans le savoir est devenu plus qu’un simple humain, sur ce que cela signifie d’être la Source d’un Faucheur. Peut-être va-t-il avoir peur, te haïr ou te traiter de folle. Mais par ce biais, tu montreras à Killia que tu peux apposer tes proches choix. »

Oserais-je tout lui dire ? Quelles sont mes raisons de rester dans cette ville ? Que je n’ai rien manigancé quand nous avons rencontré ses amis dans ce bar ? Je ne pouvais deviner qu’elle était sa sœur, leurs noms sont si communs.
Au cours d’une sortie, mon cœur s’est enraillé lorsqu’une de ses amis, assise à côté de moi, à laisser s’échapper le nom de son copain. Brusquement, le contenu de ma coupe de glace était devenu le centre du monde. Je sentais le piège se refermer sur moi. Et ce qui devait se produire arriva.
Il n’a rien dit en me voyant et il n’était pas seul. Le rire de Killia résonne encore à mes oreilles. Sans rien laisser paraître et en particulier aux regards de mes amis, j’ai cédé plusieurs mois à l’Original.

En dépit de tout ceci, la puissance de mon Entrave s’est intensifiée. La Source a muté, elle n’était plus uniquement liée à lui mais au monde, son monde à lui. Le monde d’une personne est constitué de son passé et de son avenir, de ses rêves et de ses craintes, du présent dans lequel il gravite et des entités qui l’entourent.

Josh essaye souvent de connaître l’identité de ma Source, qu’il continue car cette fois – pour cette vie – je ne divulguerai rien. Par le passé, Victor et Valérie décrétèrent d’anéantir Killia lors de ses renaissances. Je ne nie pas le poids infligé par cette décision car elle les contraint à m’abattre bien que mon âme ne soit plus de ce monde. Depuis que je les fréquente, soit près de quatre siècles, le jugement dernier m’a été rendu de leurs mains à plusieurs occasions et malgré ce choix, les Gardiens cherchent toujours à déceler une solution pour suspendre ma malédiction.

Dehors, la brise est imprégnée d’humidité. La météo eu annoncée une nouvelle semaine de pluie. Doucement, je me frotte les mains engourdies par la basse température tout en faisant attention aux bandages qui les recouvrent. Ces marques datent d’un récent combat, il y a trois jours un démon nous a donné du fil à retordre. Audrey y a récité une prière des plus simples pour soigner nos blessures. Mais son effet a été inefficace sur moi. Elle a recommencé maintes fois, sans succès malgré toute sa volonté et son désespoir. A cet instant, quelque chose s’est brisé en moi et un froid glacial a enveloppé mon esprit.
Un mois et demi, c’est tout ce qu’il me restait.
Le schéma ne change jamais, au début les litanies deviendront inutiles puis je ne pourrais plus masquer mes ailes et ma fringale grignotera incessamment ma raison.

La continuité est ce que les Originaux cherchent à détruire et de ce fait les Hôtes atteignent rarement la trentaine. Sans l’aide de la Source, nous ne survivons que quelques années. Quand ai-je commencé à baisser les bras ? Je n’arrive pas à le définir, la mémoire des Faucheurs et des Gardiens sont scellées jusqu’à ce que ceux-ci se réveillent mais nous n’avons pas accès à l’entièreté de nos souvenirs. Certaines parties restent enfermées et seuls des éléments déclencheurs libèrent leurs contenus.

Je me rappelle pourtant de la première fois où j’ai pu enfanter, oui la naissance de ces jumelles avait représenté une victoire écrasante sur le souvenir de Killia. Cette euphorie était à la hauteur de celle provoquée quelques années auparavant lors de la défaite de l’Original face à l’homme qui était, à cette époque, la Source. Je n’osais croire que cela était réel, je l’avais tellement souhaité. Je crois que je mettais mise à aspirer à une vie plus lumineuse, de tirer parti des erreurs de mon long passé pour me forger un avenir que je voulais moins sombre. Ce fut aussi la première vie où je mourus de vieillesse.
Les deux vies qui suivirent celle-ci m’avaient permis d’appliquer ces bonnes résolutions et je n’avais été déçue du résultat bien que je n’y ai pas eu d’enfant. Le hasard a voulu que mon époux soit stérile et lors de l’existence suivante, ma Source était une femme. D’ailleurs ma rencontre avec elle avait failli mettre un terme à mes bonnes résolutions. J’avais été à deux doigts de la tuer. Mes amis lui ont effacé la mémoire et par la suite, nous avions finis par nous recroiser. Il lui avait fallu un peu de temps pour m’apprivoiser et il s’était avéré qu’elle était aussi merveilleuse que ces deux prédécesseurs. Eux trois avaient tenté de voir au-delà des apparences. Elle me comparait souvent à un oiseau blessé et baignant dans son sang, les promeneurs passent à côté de lui dégoutés par sa vue. Elle soupirait qu’il suffisait simplement de nettoyer son plumage pour voir apparaître une jolie corneille. De nous deux, ce fut elle la plus forte. Malgré la puissance de mes pouvoirs, ma volonté n’égalait pas la sienne, elle était capable d’affronter la vie avec ses capacités de simple humain. Elle est partie avant moi. Lui en ai-je voulu ? Oui car je suis égoïste. Je ne me souviens pas de ce que cela faisait de vivre avec l’être aimé jusqu’à la fin.
C’est comme si je visionnais le début et la fin d’un film mais que je n’arrivais qu’à entrevoir le milieu. Tout cela est frustrant au plus haut point.

Et il y a eu Lui. Notre histoire a été l’une des plus courtes et paradoxalement la plus intense. Cela avait plutôt mal commencé entre nous. Il s’était retrouvé coincé dans l’Entrave avec d’autres Innocents, le combat avait été ardu au point qu’il nous avait fallu changer de monde et on s’était tous retrouvés accidentellement séparés. J’ai passé une grande partie de mon temps à me disputer avec lui. J’essayais de me mettre à sa place, à se retrouver face à d’étranges créatures sa vision du monde s’en voyait bafoué. Soyons honnête, sarcasme devait être son deuxième nom. Il fut tellement borné que l’idée de l’abandonner dans un monde inconnu ne m’avait pas quitté avant la fin de cette expédition.
J’ai hurlé quand on a effacé leurs mémoires et qu’il s’avérait que le sort ne fonctionnait pas sur lui. Ce n’est pas commun mais il arrive que nous croisons des êtres sur lesquels le sortilège « Erase » est inefficace et généralement ces personnes sont des Sensibles, des humains avec une clairvoyance aiguë. Je comprenais mieux son comportement. Il ne ressentait aucune peur, il était juste exaspéré.
Cependant, cet incident a eu un impact positif. Il rencontrait enfin des personnes qui ne le prendraient pas pour un fou.

Au fil des semaines, son comportement changeait. Il devenait moins colérique et susceptible. Du moins, c’est ce que je croyais. Un jour, Josh a entraîné les autres dans une embuscade afin de nous rapprocher. Le déjeuner en groupe était devenu un déjeuner à deux. Ce fut à partir de là que sa porte me resta ouverte jour et nuit. Mais ma malédiction jetait une ombre sur nos vies. Et lorsque je lui avouai la méthode pour la stopper, ce sujet devint un sujet de discorde.
La vérité était qu’il ne me restait presque plus de temps. Face à cette situation urgente, il fit des pieds et des mains pour me convaincre de la tenter allant jusqu’à rendre nos nuits douloureuses. La méthode était devenue trop risquée et je lui rappelai qu’il pouvait perdre plus que sa vie. Mais avec lui s’était tout ou rien et je voulais vivre. Nos amis ne pouvaient que regarder nous déchirer, ils ont maintes fois essayés de nous raisonner sans succès.

Lorsque je me suis réveillée, il n’était plus là. Il y avait juste son cadavre pour refroidir les draps.
On avait tout calculé hormis un facteur, celui que l’on soit deux à être protégés. Quelques mois après, j’ai mis au monde l’une des causes de notre défaite. J’ignorais que je pourrais me mettre à haïr mon propre enfant. Au point que je n’ai pas su le sauver. Peut-être ne l’ai-je pas voulu.
Maintenant je m’en veux mais rien n’y changera. J’ai arrêté d’y croire depuis ces évènements. Mais là où le bât blesse est que durant le court temps où je ne suis qu’une humaine ordinaire, je continue à croire en l’avenir.

Le ciel blanchâtre m’éblouit. Ma décision est prise et le moment venu je ferais face à la Porte. Concernant la Source, je laisse le court du destin en décider car je souhaite aussi de savourer mes derniers moments avec ces êtres qui sont si chers à mon cœur et qui m’acceptent depuis tant de vies. Un jour prochain, l’aube deviendra mon crépuscule car choisir de ne pas choisir est aussi un choix.

« – Je t’avoue Killia que je n’ai qu’un regret, celui de ne pas connaître la saveur de ses lèvres. »

Tout à coup, quelqu’un toqua à la porte de la chambre. Celle-ci s’ouvrit timidement et laissa passer la tête d’Audrey. Cette intrusion sortit Crow de ses pensées et cette dernière se redressa faiblement dans son lit. Son corps endolori la fit s’écraser dans son oreiller. Soupirant d’amusement, la jeune gardienne rejoignit son amie pour l’aider à se lever.

« – Dis donc, tu as encore défait tes bandages ! taquina Audrey.

– Désolée, gémit Crow.

– Bon, j’arrange tout ça et on va rejoindre les autres. Le petit déjeuner est presque prêt.

– Il est si tard que ça ? s’inquiéta la plus jeune.

– Ca va, on a un peu de temps, rassura la plus âgée. D’abord je te rafistole un peu et si tu es sage, tout à l’heure je te préparais un bain spécial nature. »

Devant l’expression mitigée de Crow, Audrey rajouta : « Ne t’inquiètes pas, on t’attend.

Dehors le vent se renforça et balaya les ruelles, s’engouffrant à l’intérieur de ce labyrinthe moderne.
Lorsqu’il traversa une avenue, un mince filet de pensée s’immisça en lui : « Maître, je vous en pries. Souvenez-vous de moi. »
Puis la brise éparpilla ces particules jusqu’au cœur de la cité métropolite.

to be continued

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